Dans le cadre du centenaire de la création officielle de notre département, l’association des anciens maires du Territoire de Belfort est à l’origine d’une exposition, puis de l’édition d’un fascicule intitulé « 106 maires pour un centenaire ». Son objet : mettre en lumière chacun des 106 maires en exercice et leur commune à la création du département (actuellement, le département compte 101 communes). Ainsi, pour chaque commune, une fiche présente le maire en poste, donne une photographie du lieu à cette époque (emplois, activités économiques, faits marquants…) et évoques en cette période douloureuse d’après guerre l’érection du monument aux morts commémoratif.
Maurice Helle
Pour Rougegoutte, la fiche est ainsi rédigée :
Eugène SCHWALM, MAIRE DE 1919 à 1935
« Eugène Schwalm est cultivateur. En 1921, il vit avec son épouse Marie et leurs enfants Alfred, Marie et Eugénie. Le frère d’Eugène, Georges Schwalm vit également avec eux.
Si comme, Eugène Schwalm, 106 cultivateurs vivent du travail de la terre à Rougegoutte soit 10% des 1072 habitants, la forte présence industrielle permet un inventaire de nombreux métiers dans la cité : canneteuse, fondeur, bambocheuse, tréfileur, frappeur, tisseur et tisseuse, ferblantier, ajusteur, mouleur, fileuse, encolleur, chaudronnier, peigneur, fraiseur, garde de nuit, vérificatrice, électricien, perceur, mécanicien, carrier, savetier, étameur, bonnetière, voiturier, monteur, directeur de tissage, contremaître, tourneur sur feu, rentreuse, maréchal ferrant, notaire, couturière, instituteur, institutrice, cantonnier, employé au chemin de fer, tonnelier, chiffonnier, boulanger, boucher, menuisier, garde champêtre, débitante de boissons, garde forestier, marchand de bois, serrurier, forgeron, épicier, secrétaire de mairie, tailleur d’habits, aubergiste, charcutier, télégraphiste, servante, concierge….
L’église Saint-Georges
En 1920, l’abbé Jules Besançon préconise l’agrandissement de l’église. Il faudra attendre le 15 mai 1932 pour qu’une cérémonie ait lieu dans la nouvelle église agrandie.
La crèche comtoise de Rougegoutte
Offre l’exemple assez rare d’un spectacle populaire qui, transplanté hors de son milieu
d’origine trouve une nouvelle légitimité dans son lieu d’accueil.
La première représentation de la crèche a lieu en 1922 à l’initiative du curé Besançon dans un hangar de l’usine textile Hartmann, racheté par la paroisse. Le spectacle est donné chaque année jusqu’à la guerre. (Sources site de la mairie – Extrait de « La Vôge n°4 »)
Un monument aux Morts commun avec Vescemont.
L’entreprise retenue en juillet 1920 est « l’Usine Hydraulique et Ateliers Spéciaux pour le Travail des Granits et Porphyres, Le Morvan et Riboulet » de Servance pour la somme de 15 790 francs.
L’architecte est Théo Moritz de Belfort qui présente un montant d’honoraires de 1 000 francs. L’entreprise Rodari est retenue pour réaliser les fondations, les murs de soutènement avec un montant de 2 347,30 francs ; la grille coûtera 1 500 francs.
Le coût total de la construction de ce monument aux Morts s’élève à quelque 21 000 francs.
L’inauguration de ce monument aux Morts intercommunal a eu lieu le 22 mai 1921 en présence de Edouard MIELLET , Député de Belfort et Emile LARDIER, Conseiller Général et Maire de Giromagny.
Un service funèbre religieux a lieu à 9 heures et l’inauguration du Monument avec bénédiction, à 10 heures.
Une plaque est positionnée sous le porche de l’église Saint-Georges « Aux enfants de Rougegoutte et de Vescemont morts pour la France 1914-1918 » et un vitrail évoque les sacrifices de la Grande Guerre. (Sources :https://monumentsmorts.univ-lille.fr) »
ROUGEGOUTTE EN 1921
En 1921, la commune de Rougegoutte compte 287 ménages répartis dans 194 maisons, une école de garçons à deux classes et une de filles à trois classes.
Parmi la population recensée, citons Robert Trouillat notaire, Jules Besançon curé desservant, Jules Bathmann garde-champêtre, Louis Chenal secrétaire de mairie, directeur retraité en 1920 de l’école de garçons, Alphonse Michel directeur du tissage en remplacement de Camille Liebelin, lui aussi retraité.
Les établissements Hartmann de Munster qui ont délocalisé à Rougegoutte après la défaite de 1870 un tissage (pour notamment éviter d’acquitter des droits de douane et garder le contact de la clientèle française) concentrent la majorité des emplois.
D’autres rougegouttois travaillent au village à la fonderie Berbett, à Valdoie (Charpentier, Chaudel-Page), à Belfort (SACM), à Giromagny (filatures du Rioz, Warnod-Boigeol, Ernest Boigeol), à Chaux (Marcotte, Scheurer-Kestner), à Vescemont (Cheviron), à Riervescemont (carrière Secretain).
LA FAMILLE SCHWALM : UNE FAMILLE NOMBREUSE….
Troisième enfant d’une fratrie de dix issue du couple Jean-Claude et Marie-Joséphine Stalder (mariés le 11 juillet 1861 à Riervescemont), Jules Eugène Schwalm voit le jour le 18 mars 1865 à Lamadeleine-Val des Anges ainsi que cinq de ses frères et sœur :
- Claude Jean-Baptiste, l’aîné naît le 9 février 1862,
- Georges Emile le 15 février 1864,
- Julien Prosper le 7 mai 1867,
- Joseph Emile le 29 juillet 1868
- Marie Emilie Schwalme (sic) le 27 mars 1870.
Jean-Claude, le père, exerce alors la double activité de bûcheron et agriculteur.
La famille quitte bientôt Lamadeleine pour s’installer à Rougegoutte.
Quatre autres enfants naissent dans cette commune :
- Marie Amélie le 17 février 1874
- François Xavier le 26 avril 1876
- Georges Alfred Auguste le 17 août 1877
- et Hippolyte Eugène le 22 février 1880
Le recensement de 1872 fait état de la présence de la famille dans le même immeuble qu’occupe Albert Jeanrichard , cabaretier.
Jean-Claude le chef de famille est alors répertorié comme charpentier. Il décèdera à Rougegoutte le 15 janvier 1887.
JULES EUGENE : SA VIE
Le registre matricule qui retrace le parcours militaire de Jules Eugène, apporte quelques précisions à son sujet :il y est décrit avec cheveux et sourcils châtains,…yeux châtains…front ordinaire…nez moyen….bouche moyenne….menton rond…visage ovale…et d’une taille de 1.55m.
Finalement, le conseil de révision le dispense du service militaire au motif qu’un frère est déjà sous les drapeaux ; son expérience des armes se limitera donc à de courtes périodes d’instruction ou d’exercices.
En mairie de Rougegoutte le 27 avril 1888, Jules Eugène alors ouvrier de fabrique prend pour épouse Marie Emilie Grasseler âgée de 22 ans (née à Rougegoutte le 9 février 1866) et ouvrière de fabrique également.
Le couple donne naissance à quatre enfants :
- Georges Eugène le 24 janvier 1889,
- Emile le 7 octobre 1890,
- Alfred le 26 octobre 1892,
- Louis le 9 février 1897.
Après 11 ans de mariage seulement, son épouse Marie Emilie décède le 2 février 1899 âgée de 33 ans.
Eu égard sans doute à ses enfants en bas âge, Jules Eugène maintenant contremaître de tissage, fonde un nouveau foyer le 26 mai 1900 en mairie de Rougegoutte avec Marie Eugénie Girardey née au village le 19 janvier 1874, sans profession.
Deux filles sont issues de cette nouvelle union :
- Marie Eugénie le 5 mars 1901 qui épousera en 1921 Jean Baptiste Henri Annaheim de Chaux,
- Eugénie le 9 avril 1904 qui épousera en 1924 Georges Mougin de Grosmagny.
Mais le malheur frappe à nouveau la famille : Marie Eugénie, la mère, décède le 15 novembre 1905 à l’âge de 31 ans.
A nouveau veuf, Jules Eugène prend le 27 avril 1907, pour troisième épouse Marie-Thérèse Grasseler née à Rougegoutte le 18 février 1872 et sœur de Marie Emilie, sa première épouse (pas d’enfant de cette union).
Marie-Thérèse Grasseler décède le 15 janvier 1942 en son domicile (lieu-dit Curtil Buisson) et Jules Eugène le 18 mars 1945, âgé de 80 ans (obsèques le 20 mars)
JULES EUGENE : LE MAIRE
Il est temps d’évoquer à présent son parcours au service de la collectivité.
Son premier mandat de conseiller municipal date de mai 1904. Au tableau des 12 élus, il apparaît au 7e rang et c’est Jules Jeanrichard « Vieux » qui devient maire, Hippolyte Perrot son adjoint.
Quatre ans plus tard, Jules Eugène figure au même rang des conseillers municipaux élus mais cette année, le maire cède sa place à Jean-Baptiste Jeannenot, Hippolyte Perrot restant adjoint.
En 1912, Jules Eugène est à nouveau présent, la municipalité de 1908 se voyant reconduite.
L’année 1919 marque une étape importante pour ce dernier en raison de son élection au poste de maire (il est d’ailleurs le plus âgé des membres élus), Joseph Jeanrichard étant désigné adjoint.
Cette municipalité reste en place à la suite des opérations électorales des années 1925 et 1929.
En 1935, à l’issue d’une campagne mouvementée, c’est une nouvelle équipe qui porte au fauteuil de maire Joseph Fogle (profession déclarée : scieur) et Emile Travers cultivateur, à celui d’adjoint.
Trente et un ans au service des Rougegouttois, 15 comme conseiller municipal et 16 en tant que maire, Jules Eugène aura bien mérité de ses concitoyens !
L'EGLISE EN TRAVAUX
Que retenir des réalisations communales durant ses mandats successifs ?
Citons les plus significatives : l’érection du monument aux morts avec Vescemont, les travaux de distribution d’énergie électrique dans le village et d’éclairage des rues, les aménagements intérieurs de l’école des filles, de grands travaux de rénovation de la mairie-école (1927), à partir de 1931 les travaux de restauration et d’agrandissement de l’église jusqu’en 1933 (prolongation de la nef, nouvelle charpente, couverture…).
En conclusion, à travers ce bref rappel de la vie d’élu de Jules Eugène, nous avons voulu rendre hommage à tous ceux qui, à son exemple, acceptent de se mettre bénévolement au service des autres, au sein d’associations, au conseil municipal ou à la paroisse. Un exemple à suivre !...
Sources
- Fascicule « 106 maires pour un centenaire »:
- Archives communales de Rougegoutte
- Etat civil de Rougegoutte
- Archives départementales du Territoire de Belfort
- Publications : « Centenaire de la mairie-école 1888-1988 », « Rougegoutte-Vescemont : histoire de l’église des origines à nos jours » (auteurs : Guy Miclo et François Liebelin)
- Un merci particulier à Rémi Schwalm et ses cousines Brigitte Blanc et Monique Demangeot.
- Merci à Maurice Helle auteur de ce document
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