C’ETAIT IL Y A 100 ANS A ROUGEGOUTTE
Maurice Helle
1922 : un millésime que tout Terrifortain ne peut plus ignorer !.... :année d’origine du Territoire de Belfort, né à la fois, de la défaite humiliante de la guerre de 1870 contre la Prusse, de la défense héroïque de la place de Belfort et des clauses du traité de Francfort qui s’ensuivit.
Deux décrets concrétisent cette création : celui du 18 février 1922 signé par A. Millerand président de la République porte le nombre de préfectures de 3e classe de 42 à 43 - Belfort sera donc cette 43e- celui daté du 11 mars 1922 désigne pour préfet Mr Maisonobe, lui qui faisait fonction d’administrateur depuis le 23 mai 1920.
En cette année, le département accueille le président du Conseil et ancien président de la République Raymond Poincaré qui, le 16 juillet, inaugure à Joncherey le monument élevé grâce à une souscription nationale à la mémoire du caporal instituteur Jules André Peugeot du 44e RI, première victime française de la guerre 1914-1918 (le 2 août 1914, veille de la déclaration de guerre de l’Allemagne à la France). Œuvre du statuaire montbéliardais Armand Bloch, ce monument érigé non loin du poste qu’occupait le caporal sera détruit en juillet 1940 par les occupants allemands (un nouveau monument sera construit et inauguré en 1959).
Intéressons-nous maintenant aux actualités rougegouttoises.
L’Alsace dans son édition du 15 mars rend hommage à la classe 1922 :« Vendredi matin avait lieu dans le chef-lieu de canton, le conseil de révision. Comme les conscrits de Rougegoutte étaient en nombre, il y eut une grande animation dans le village vendredi et samedi. Dimanche, une grande surprise nous était réservée à l’heure de la grand’messe, les clairons du cercle St Georges ayant à leur tête le sergent Allemann rassemblaient les conscrits de la paroisse Rougegoutte-Vescemont pour les conduire en groupe prendre des places réservées à l’église. Après un sermon de circonstance, les conscrits firent bénir un superbe pain qu’ils offrirent à toute l’assistance.
L’office terminé, ils se rendirent autour de l’église sur l’ancien cimetière pour déposer une couronne au monument élevé à la mémoire des enfants de la paroisse morts au champ d’honneur. […]
L’après-midi, les conscrits de Rougegoutte ont ‘’tiré le coq’’. Selon une vieille coutume, les filles de la classe offrent à leurs amis chacune un coq ou à défaut …une poule. […] Avec leurs 13 poules et coqs, nos conscrits ont pu se régaler à la Carpe d’Or et s’amuser jusqu’à une heure avancée de la nuit. »
Cette curieuse habitude éveille-t-elle encore des souvenirs chez nos anciens ?....
Le 11 avril, le même journal fait état d’une fête scolaire organisée par la directrice de l’école primaire de filles qui a rencontré un grand succès, cette représentation étant donnée pour la 1ère fois sans doute dans « un vaste local, un vrai théâtre éclairé à l’électricité » (ndr : vraisemblablement, le hangar en bois provenant des tissages Hartmann qui était implanté sortie sud du village).
En mainte occasion, le journal rend hommage aux victimes rougegouttoises et vescemontoises de la grande guerre, une façon de leur rendre publiquement des honneurs posthumes et de perpétuer le culte du souvenir dans « cet enterrement sans fin des morts pour la France et le retour des morts glorieux »
A la fonderie Berbette[1] , 12 ouvriers déclenchent le vendredi 14 avril, une grève qui tire son origine dans « l’affichage dans les ateliers d’un placard annonçant aux ouvriers une diminution de 15% sur leurs salaires » et qui prend fin le 24 avril grâce à la médiation du juge de paix de Giromagny. L’accord résultant d’un comité de conciliation porte sur une diminution salariale réduite à 5% et « l’annonce d’une paie tous les deux samedis ».
L’Alsace encore, fait paraître le 21 avril l’avis de décès de l’abbé Edouard Desprez,[2] ancien curé de Rougegoutte, décédé le 20 avril à l’hôpital de Giromagny, ses obsèques étant célébrées à Rougegoutte le lundi 24 avril à 9h30.
Ce journal évoque longuement et de manière élogieuse (édition du 3, 4,5 juin) la mémoire de ce prêtre à l’occasion de la célébration de son « service de quarantaine » le mercredi 31 mai par l’abbé Besançon nouveau curé de Rougegoutte.
A la date du 5 décembre, le même journal annonce : « On lit au JO du samedi 2 décembre : Belfort 4 novembre : La Rougegoutte de Rougegoutte : but éducation populaire et sport ; siège social : salle des œuvres »
Une longue histoire commence….Cette société devenue Cercle St Georges et enfin La Rosemontoise reste aujourd’hui au cœur de l’animation et de la vie culturelle du village ; elle s’apprête d’ailleurs à fêter son centenaire au printemps prochain.
La Rougegoutte ne tarde pas à se faire connaître. Le lundi 11 décembre, on peut lire toujours dans l’Alsace et en rubrique théâtre le compte-rendu « d’une représentation des pièces ‘A qui le neveu ‘ et ‘ Cas de réforme’ qui a donné pleine satisfaction à tous points de vue. Les clairons ont fait la meilleure impression et remporté d’éclatants lauriers. Maintenant, les représentations pourront se donner sans aucune difficulté. Le nouveau local étant éclairé à l’électricité, il ne sera plus nécessaire d’emprunter un local mal conditionné et refuser du monde faute de place »
Outre l’Alsace de tendance conservatrice catholique, paraît principalement La Frontière, organe du parti radical socialiste du Territoire de Belfort, au contenu par nature, bien différent. On y recueille d’ailleurs peu d’échos de Rougegoutte.
Le 19 avril, ce journal mentionne toutefois que « Bernard Hueber a l’honneur de prévenir son aimable clientèle, qu’il a repris son commerce de charcuterie qu’il avait abandonné pour cause de maladie »
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Café –charcuterie Hueber Café Crimpet
devenu Café de la Prairie, sortie est du village. sortie ouest du village
La Frontière annonce aussi la fête du village en ces termes : « C’est dimanche 30 avril qu’aura lieu la fête de la commune, on s’amusera bien et on trouvera des bons gâteaux chez tous les cafetiers du village, surtout chez l’ami François Crimpet. … Qu’on se le dise ! »
Enfin, le 20 septembre, maître Trouillat notaire au village, annonce la vente du fonds de commerce exploité à Rougegoutte par le couple Hueber-Hatier sous le nom de Café Bernard au couple belfortain Barré-Délémont scellant ainsi la fin des activités charcutières du vendeur.
Au titre des statistiques de l’état civil, sont dénombrés pour 1922 les actes suivants :
- 26 naissances et 3 reconnaissances,
- 12 mariages,
- 18 décès dont deux enfants sans vie et la transcription du décès d’un militaire mort pour la France dans un camp de prisonniers de guerre en Allemagne.
A la lecture du registre des délibérations municipales (depuis fin 1919, Eugène Schwalm est maire, Joseph Jeanrichard adjoint) on apprend notamment la fin des travaux de distribution d’énergie électrique et de l’éclairage des rues dans le village (sont installés un allumeur extincteur automatique, un compteur et ….huit lanternes !....)
Parmi les crédits correspondants votés, signalons le remboursement à l’abbé Besançon occupant le presbytère, des frais avancés pour l’installation électrique dans cet immeuble et à Mr Chenal instituteur et secrétaire de mairie, le coût de l’éclairage des bureaux de la mairie et du cours ménager et ce….depuis octobre 1921 au 30 juin 1922 !
Autre décision prise par les élus, celle de porter à sept le nombre des ateliers de distillation, eu égard à la quantité de fruits ramassés et à l’accroissement du nombre de bouilleurs de cru. Dans ce contexte, le conseil municipal souhaite également que les distillations puissent s’opérer tous les jours du 1er octobre au 1er janvier et même nuitamment si nécessaire !...(sous réserve des déclarations réglementaires).
[1] Fonderie Behra, puis Berbette, puis Canda, avenue de Gaulle, en limite de communes Rougegoutte-Giromagny. A cessé son activité vers 1970.
[2] Né à Meroux le 16 février 1844, où son père Joseph était instituteur. Curé de Rougegoutte de 1882 à 1917, enterré au cimetière communal avec ses parents (Joseph 1812-1902 et Françoise Oeuvrard 1816-1884). Plaque fonderie Berbette.
Mairie de Rougegoutte : 16 rue des Ecoles 90200 Rougegoutte
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